SYNOPSIS

Cette pièce est une satire douce-amère, retraçant le voyage d’un jeune-riche-Français de 27 ans, venu vendre la carte «American Express» à Freetown, en Sierra Leone...

L’ébauche d’un paradoxe aussi absurde qu’intriguant, flirte cependant avec l’effroyable banalité actuelle.

Pourtant, le voyage n’est-il pas un bon démarrage dans la vie pour un beau et jeune occidental?

Il a tout...

Il est beau et ténébreux, jeune et intelligent, il a une jolie fiancée qui l’attend en métropole, il habite dans un bel appartement parisien, il est riche.

Et puis il sait jouer au tennis!

Pourtant...

La rencontre avec cette Afrique de l’Ouest et cet adolescent Sierra-Léonais de 14 ans, va faire tourner le cours des choses...

Notre vendeur de l’Amex va se retourner sur un terrain glissant pour embrasser de plein fouet sa propre culpabilité.

C’est l’ironie du sort pour ce beau garçon qui croyait qu’il serait assez fort pour surmonter la souffrance...

C’est ainsi qu’il se lance dans un monologue intérieur où la culpabilité a le rôle principal.

Sa mauvaise conscience qu’il croyait enfouie, remonte vicieusement à la surface pour lui serrer la gorge...

Il lutte pour ne pas étouffer.

Il reste coincé.

Il va falloir qu’il se protège de lui-même, de sa propre fragilité pour ne pas sombrer dans les déboires d’une culpabilité envahissante...

Un véritable parcours du combattant pour un jeune garçon de 27 ans dans la fleur de l’âge, ne croyez-vous pas?

Une multinationale n’a que faire d’imaginer des oxymores: un homme envoyé en Afrique pour vanter les mérites de la carte American Express dans un pays où l’on a faim.

«L’American Express» ne devancera jamais Corneille, elle préfère régner sur le monde plutôt que de se mettre à écrire des alexandrins...

Animé par un aviateur rêveur, un mime lunaire et notre vendeur de l’Amex, ce spectacle réunit un joli trio mêlant théâtre, mime et musique.

Les trois compères partent à la découverte u continent Africain à bord d’un avion assez loufoque fait de bric et de broc...

Professionnels de la «rafistol», ils décollent...

C’est le début d’un certain voyage où le spectateur est plongé dans un univers s’enchevêtrant pèlemêle, poésie, humour, ironie, sarcasme, colère, frustration et amitié...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

« Je suis sur ce rafiot pour les affaires d’American Express, tu l’oublies un peu trop.

Ça te prouve en passant, qu’il y a des affaires à faire ici, si tu cherches bien…

J’appartiens à la compagnie ici. Tu vois, je ne m’appartiens même pas !

Comment veux-tu que je te donne…

Dans un voyage privé, je ne dis pas, je réagirais sans doute différemment.

Mais là, mon temps a été acheté. Le donner, ça serait comme un vol, pas honnête…

Mais qu’est ce que je raconte. À appartenir plus à d’autres qu’à moi, je finis par ne plus me

reconnaître. Remarque, ce n’est peut-être pas plus mal.

Ça doit être ça s’endurcir : finir par ne plus se reconnaître sous le blindage qui s’épaissit.

En tout cas j’ai mal choisi mon endroit pour me blinder.

Je suffoque, moi, sous ce scaphandrier, sous cette chaleur de dingue, sous la peau blanche de « Gros

Richard ».

Je n’en peux plus, moi de ce rafiot, d’être planté là devant toi, dans ce silence, à attendre

l’accostage libérateur qui ne vient pas.

Les blindages me mettent en nage, en rage, en cage.

Je veux sortir, je veux qu’on arrive, je veux qu’on me comprenne!

De toute façon, il y a erreur sur la personne. Les bons Pères missionnaires, c’était avant moi.

Et même eux, ne sont arrivés à rien. Il n’y a qu’à regarder le résultat : ce que je vois… Ce qui reste.

Tout effort est inutile ici.

Mais pourquoi m’envies-tu, avec ma pipe, mon stylo, ma serviette, mes lunettes !

Tiens, à trop me réclamer, je ne peux plus rien t’envier.

Tu m’interdis de rêver, tu m’en empêches.

Aucun désir de piquer une tête dans ton fleuve Boueux à Malaria, encore moins de brûler

sempiternellement sous ton soleil systématique de pauvre.

Il est trop monotone. Il est à tout le monde. Je hais ce qui est à tout le monde. Ça fait pauvre.

Et puis, il ne sait rien faire d’autre que de briller, ton soleil !

C’est vulgaire !

Il fait même briller toute cette misère éclatante d’ennui. En plus, il est cruel !

J’en ai rien à foutre de ton climat chaud !

Pour moi, ce n’est pas un « plus », c’est encore un « moins »…

Être pauvre ne vous suffit pas, il faut encore que vous creviez de chaud ?

Je n’y suis pour rien si l’Afrique, si le Sierra Leone, si Freetown, sont des atomes hyper concentrés

et enrichis de misère.

Tu as la misère matérielle, mais finalement, en ce moment, c’est toi qui souris !

Moi, je ne peux pas.

Je ne peux plus. Je ne peux pas tout faire, je culpabilise !

Alors, finalement, la misère humaine, elle est peut-être pour moi ?

Voilà, tu es content ? Je suis mal maintenant.

Si ce putain de bateau n’arrive pas, je vais finir par trouver que je suis le plus malheureux des deux.

Mais toi, tu tiens à être la seule victime, comme ça, tu ne peux avoir en face de toi que ton bourreau.

C’est ça ?

Seulement pour une fois le bourreau te demande grâce.

C’est toi, qu’on plaint, mais c’est moi qui n’en peux plus.

Je veux arriver sur l’autre rive. Le blindage a fondu sur son propriétaire, je transpire comme jamais.

Et toi, tu es trop pauvre pour que je te demande un Kleenex.

Ça y est, je sens mes joues de salopard de Richard me gonfler, un gros-cul de merdeux me pousser,

une tête de petit con d’égoïste m’enfler de partout, de partout. »

EXTRAIT

 photo : Pierre Dolzani

Photos.: Véronic Roux Voloir

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